Lettre à mon père

Parfois il m’arrive de trouver une phrase qui m’arrache à la vie comme l’arbre que j’ai vu ce matin. Ces phrases ne préviennent jamais de leurs venues. Ce sont des enfants sautillants joyeusement sur un chemin, du jasmin étoilé grimpant lentement au mur de la maison, le réconfort d’une mère ou d’un père. Je ne parle pas souvent de mon père, comme si une fine couche de silence s’était installé entre nous deux, et que la briser serait atteindre en un éclair le cœur de l’autre. De rejoindre cet amour qui surpasse tout amour. Pas en puissance, ni en grandeur, en profondeur. Dire les évidences vraies de la vie, c’est aimer dans le corps. Sur un visage on découvre beaucoup de choses. Sur le visage de mon père il y a la justesse et beaucoup de beauté. De cette beauté juste. Un père c’est comme une source. On boit, on se nourrit, on puise, parfois on façonne comme un barrage sur le long de la rivière. Mais l’eau ne s’arrête jamais de couler. On tient de lui tout le vrai. Les connaissances naissent de lui, de lui et de la lumière qui l’accompagne. On le regarde de loin, de près, il est à la fois à des années-lumière et dans votre dos comme une ombre aux mouvements libres. De toi papa, j’ai appris ce qu’est d’aimer. Tu as toujours eu cette manière solitaire d’aimer. D’aimer même dans un manque d’amour. D’offrir tout l’amour que tu as jusqu’à même la racine de ton cœur. Tu as toujours refusé l’amour des autres, non par pour les blesser, mais peut-être pensais tu ne pas le mériter. Comme si un mur invisible s’était construit autour de toi le jour de ta naissance et, qu’en échange la vie t’avait donné un cœur d’or et des mains d’argent. Un guérisseur aux allures de soleil. Recevoir a toujours été pour toi quelque chose de difficile, plus difficile encore que de mourir. Mais tu ne t’en soucis, tu ne t’en es jamais soucié. Tu continues d’avancer d’un pas léger et silencieux vers ce et ceux que tu aimes. Te voir travailler de tes mains, que c’est beau. J’aime te regarder réaliser des œuvres d’art. Le cœur est dans tout ce que tu fais. Dans ce que tu fais et ne fais pas. Je crois que tu as cette nonchalance-là, celle d’aimer sans retour.

Je t’aime Papa.

 

Publicités

2 commentaires sur “Lettre à mon père

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s